Le pire ennemi de l’auteur : ses illusions
L’illusion de la muse
beaucoup attendent l’inspiration plutôt que de développer une discipline d’écriture régulière. Ils ne réalisent pas que l’inspiration vient souvent pendant le travail, pas avant. Cette attente passive peut paralyser la production pendant des semaines ou des mois.
Le mythe du premier jet parfait
certains auteurs s’attendent à ce que leur première version soit excellente, ce qui crée une pression paralysante. Ils ne comprennent pas que même les grands auteurs produisent des premiers jets médiocres qui sont ensuite raffinés par la réécriture.
La confusion entre plaisir d’écrire et qualité du texte
nombreux sont ceux qui pensent que si l’écriture a été agréable, le résultat doit être bon. Inversement, si l’écriture a été difficile, ils supposent que le texte est mauvais. C’est une confusion qui ignore que la qualité du texte est indépendante du processus.
L’illusion du talent naturel
certains croient que l’écriture doit venir naturellement si on a du talent, et que travailler dur signifie qu’on n’en a pas. Cette croyance les empêche de développer leurs compétences techniques et leur métier.
Le syndrome de l’imposteur inversé
paradoxalement, certains auteurs surestiment leur niveau et refusent tout feedback critique, pensant que leur “style unique” justifie des choix discutables. Cela les empêche de progresser.
La peur de “gâcher” une bonne idée
beaucoup repoussent l’écriture de leur “meilleure idée” en attendant d’être “assez bons”, ne réalisant pas que les idées sont infinies et que c’est l’exécution qui compte.
Le mythe de l’originalité absolue
la crainte paralysante de ne pas être totalement original, alors que toute création s’inspire nécessairement d’œuvres antérieures. Cette peur peut bloquer l’écriture ou pousser à des choix artificiellement “originaux”.
L’illusion du contrôle total
certains pensent pouvoir contrôler parfaitement l’interprétation de leur texte par les lecteurs, ce qui les mène à surexpliquer ou à être trop didactiques.
Le mythe de la grande œuvre unique
l’idée qu’il faut écrire LE chef-d’œuvre de sa vie du premier coup, plutôt que de voir l’écriture comme un métier qui se développe sur plusieurs œuvres.
La confusion entre recherche et procrastination
beaucoup se perdent dans des recherches interminables, confondant la documentation nécessaire avec une forme de procrastination confortable.
L’illusion que son écrit est aussi clair que dans sa tête
Mais pour les jardiniers, justement, rien n’est vraiment très clair.
Partir dans une mauvaise direction et ne pas s’en rendre compte
De nombreux auteurs utilisent le 1er jet pour confronter leurs idées à la réalité : ils perdent ainsi énormément de temps.
Certains ont des idées spécifiques en tête, de mauvaises, et ne veulent pas en démordre. Ils n’arrivent pas à prendre le recul pour estimer objectivement l’intérêt de cet élément, et les conséquences néfastes que cela apporte. Il y a une forme de dogmatisme : ce n’est basé sur rien, mais c’est comme ça et pas autrement. Le recul objectif fait écho avec le [[Principe de réfutabilité de Popper]] : « Pour qu’une théorie soit considérée comme scientifique, elle doit être [[Réfutabilité|réfutable]] ». Peu de romanciers sont vraiment scientifiques dans l’âme, mais chaque élément de son roman doit pouvoir être questionné, voire réfuté, dans le but d’améliorer le récit. Sinon, c’est qu’il y a une obstination de l’auteur. Ce qui n’empêche pas forcément d’atteindre une qualité suffisante, mais qui refusera certainement toute critique à son encontre. Les remèdes
La mesure objective
- Tenir un journal de bord quotidien avec nombre de mots écrits, temps passé, et ressenti
- Enregistrer ses sessions d’écriture pour identifier les moments productifs/improductifs
- Noter les retours critiques reçus et les points d’amélioration identifiés
- Établir des objectifs chiffrés hebdomadaires plutôt que des objectifs vagues
[[Lorsqu’une mesure devient un objectif, elle cesse d’être une bonne mesure]]
La routine professionnelle
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Définir des plages horaires fixes d’écriture comme pour un travail classique
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ce qui est rarement possible avec une vie de famille ou sociale riche
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dans ce cas, essayer de se réserver des créneaux flottants en fonction de vos habitudes
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fixer des priorités à vos RDV, pour vous concentrer sur ce qui est le plus important pour vous.
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Aménager un espace dédié à l’écriture, distinct des espaces de loisirs
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Préparer ses sessions : documents ouverts, recherches faites, téléphone éteint
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S’imposer un minimum de mots/pages même quand on n’a pas envie d’écrire
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Pas forcément sur son gros projet en cours
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des ateliers d’écriture permettent également de décoincer la plume et de prendre des bonnes habitudes
Le laboratoire d’expérimentation
- Écrire délibérément de mauvais textes pour démystifier l’acte d’écriture
- Réécrire le même passage dans des styles différents pour comprendre les mécanismes
- Déconstruire des textes admirés pour en comprendre la mécanique
- S’exercer sur des contraintes techniques précises (dialogues, descriptions, etc.)
La démarche itérative
On verra dans les chapitres suivants comment déployer cette solution de façon la plus efficace.
Le réseau de soutien
- Rejoindre un groupe d’écriture avec lectures régulières
- Trouver des bêta-lecteurs aux profils variés
- S’engager dans des défis d’écriture collectifs (NaNoWriMo par exemple)
- Participer à des ateliers d’écriture structurés
La gestion de projet
- Découper chaque projet en étapes concrètes avec des livrables définis
- Établir un rétroplanning avec des dates butoirs pour chaque étape
- Identifier les ressources nécessaires avant de commencer
- Prévoir des points de contrôle réguliers pour ajuster la trajectoire
La capitalisation d’expérience
- Constituer une bible personnelle des techniques qui fonctionnent pour soi
- Documenter ses processus de création pour les reproduire
- Analyser ses échecs pour en tirer des leçons concrètes
- Créer des modèles et des check-lists réutilisables
Toutes ces pratiques contribuent à écarter les illusions et se confronter à la réalité : être auteur demande du travail, du temps, un processus intérieur, une vérification extérieure.