Brainstorming et divergence
Dire qu’il faut un pitch ou une prémisse, c’est bien. Mais comment s’y prend-on, concrètement, quand on est devant une page blanche avec une idée encore floue ? La réponse est plus simple qu’elle n’y paraît : on commence par brainstormer.
L’idée ici n’est pas de produire un chef-d’œuvre immédiatement, mais d’accueillir toutes les idées, sans filtre. Il s’agit de tout poser sur le papier – ou l’écran – dans un joyeux désordre. Peu importe par quoi vous commencez. Ce qui compte, c’est de commencer. Et dans cette étape initiale, certains éléments sont particulièrement utiles à explorer.
D’abord, demandez-vous de quoi vous voulez parler. Peut-être avez-vous déjà un thème ou un message en tête – ce n’est pas indispensable, mais si c’est le cas, autant le noter dès maintenant. Cela vous donne un cap. Est-ce une histoire d’amour ? De guerre ? Les deux ? Est-ce que vous voulez transmettre quelque chose de plus profond derrière la fiction ? Une critique sociale ? Un élan poétique ? Une prise de conscience sur notre monde ?
Ensuite, interrogez-vous sur **l’ambiance **que vous imaginez. Est-elle tendue ? Dramatique ? Légère ? Mystérieuse ? Cela orientera déjà l’énergie du récit. En parallèle, commencez à imaginer l’univers dans lequel votre histoire prend place. Est-ce un monde que nous connaissons, contemporain et réaliste ? Ou bien un monde décalé, où la magie, la technologie futuriste ou d’autres dimensions viennent bouleverser les règles ordinaires ? Un univers peut être totalement original, et parfois une simple idée absurde peut devenir une pépite si elle est portée avec sincérité. Imaginez une guerre entre licornes et orques dans un décor cyberpunk… et soudain, une licorne tombe amoureuse d’un orque. Pourquoi pas ?
À partir de là, le genre de votre histoire peut commencer à se dessiner. Fantasy, science-fiction, polar, romance, ou encore un mélange audacieux. Tout est permis tant que vous êtes capable d’en assumer les conséquences.
Puis vient l’idée centrale. Le noyau. Ce premier fragment qui vous a donné envie de raconter cette histoire. Il n’a pas besoin d’être révolutionnaire. Il a juste besoin d’être à vous. Il peut s’agir d’une situation, d’un dialogue entendu un jour, d’un rêve, ou d’un mélange d’images. Peu importe. Notez-la. C’est votre point de départ.
Réfléchissez ensuite à vos personnages. Quel type de protagoniste avez-vous en tête ? Est-ce un personnage réaliste, ou bien une figure symbolique ? Est-ce un humain, un animal, une entité étrange ? Qu’est-ce qui l’anime ? À quoi s’oppose-t-il ? Car sans antagoniste, sans tension, votre histoire manquera de moteur. Il ne s’agit pas toujours d’un « méchant » au sens classique, mais d’une force, d’une situation, d’un conflit qui empêche le protagoniste d’obtenir ce qu’il veut. C’est souvent cette opposition qui donnera forme à l’intrigue.
Parlant d’intrigue, avez-vous une idée de **situation initiale **? Une scène de départ qui vous obsède ? Un **événement déclencheur **? Une image marquante ? Notez tout, même si ce sont des bribes éparses. Vous ferez le tri plus tard. Ce n’est pas le moment d’organiser, mais de libérer. Si une structure narrative vous trotte déjà dans la tête, c’est aussi ici qu’elle peut se poser. Peut-être imaginez-vous un récit non-linéaire, comme Pulp Fiction, avec des histoires qui se croisent et ne prennent sens qu’à la fin. Ou alors un récit d’enquête, de quête, de transformation. Ces intuitions sur la forme sont des indices précieux pour affiner le concept.
À la fin de cette étape, vous aurez produit un ensemble de notes, fragments, pistes, qui forment ce qu’on peut appeler un premier cahier des charges. Il n’a rien de rigide : il est vivant, encore informe, mais il contient déjà les germes de votre roman. Vous pouvez y faire figurer des mots-clés, des phrases-clés, des idées d’univers, de personnages, de scènes, de thématiques… Tout ce que vous avez en tête.
Ne vous censurez pas. Laissez les idées se répandre. Même les plus folles. Ce moment est une plongée en vous-même. C’est là que votre imaginaire commence à s’incarner. Allez puiser au fond de vous ce qui vous émeut, vous obsède, vous fait vibrer. Et si cela vous semble trop vaste ou trop flou, faites-le avec quelqu’un. Parlez-en. Lancez-vous à deux, à cinq, à vingt. L’important, c’est d’explorer.
C’est une étape de liberté totale. Un moment rare où l’écriture n’est pas encore contrainte par la logique, la structure ou la technique. Profitez-en. C’est peut-être l’étape la plus joyeuse de toute la méthode. Et peu importe dans quel ordre vous viennent vos idées : peut-être commencerez-vous par les personnages ou le type de récit que vous voulez raconter ? Tout est ok, c’est vous le seul maître à bord, en particulier à cette étape.